120 Battements par minute est sorti le 23 août 2017, après avoir été récompensé, entre autres, du Grand Prix au Festival de Cannes. Pour beaucoup, il s’agit d’un des meilleurs long-métrages de l’année. Je fais partie des gens auxquels 120 Battements a mis une claque et je ne comprends toujours pas pourquoi il n’a pas fait l’unanimité à l’étranger.

En effet, et malheureusement, le film n’a pas eu le succès escompté à l’étranger. Il n’a pas été nominé outre-atlantique, ni pour les golden globes, ni pour les oscars. Certes, le Festival de Cannes est connu pour particulièrement récompenser les films sociaux, porteurs d’idées fortes qui résonnent dans notre société. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’un « film sujet » sur le sida, tourné avec des acteurs novices et une mise en scène minimaliste plaise plus à Cannes qu’ailleurs. Pourtant, je trouve que 120 Battements par minute vaut bien plus qu’une « simple » consécration cannoise.

Aller voir 120 Battements par minute, c’est se confronter à deux histoires fortes : les militants d’Act Up-Paris qui s’activent pour lutter contre l’indifférence générale des années 90 et la passion amoureuse de Sean et Nathan, tous deux membres de l’association.

La forme du film, très agressive, cherche clairement à nous faire revivre le combat d’Act-Up. Il y a d’abord de la brutalité dans la narration : le vocabulaire est cru, les débats dans l’amphithéâtre sont violents, les missions dans les laboratoires sont menées dans le faux sang, les cris et les coups de sifflets. La répression des autorités utilisent la force sans modération. La prévention et le militantisme s’entremêlent, mis en scène avec la même dureté : un rythme soutenu, un esthétisme offensif construit avec les stroboscopes des boites de nuit et des changements de catheters ainsi qu’une façon immersive de filmer qui rappelle les documentaires.

Ainsi, je dois avouer que 120 Battements méritait selon moi beaucoup plus. D’abord, pour Nahuel Perez Biscayart, qui crève l’écran. Grâce à son jeu, son personnage ne tombe jamais dans la caricature et il parvient admirablement à nous transmettre la rage de survivre. Ensuite, pour des scènes d’actions militantes d’anthologie où le montage superpose le dialogue des réunions aux images des interventions. Enfin, pour sa façon si belle et pudique d’aborder le sida : le film n’a pas besoin de trop montrer les ravages de la maladie pour nous montrer la puissance de l’épidémie.

Finalement, je pense que le film n’a pas conquis tout le monde car il ne divertit pas. Il dérange car il raconte les actes engagés et le courage de ces militants. En fait, et paradoxalement, 120 battements par minute fait se côtoyer la vie et la mort dans l’urgence et la brutalité : l’appréhension de la mort et la rage de l’impuissance coexistent avec ce qui fait l’intensité de la vie : le sexe, la fête, l’amour, l’amitié… Je pense que Ce film ne divertit pas et il dérange car il raconte les actes engagés et le courage de ces militants. On en oublie même la caméra !

Clotilde Michon

Categories: Coup de gueule

One comment

120 Battements par minute, ou la non-réception Outre-Atlantique

  1. J’entends l’éloge même si je ne le partage pas, mais réduire l’outre-atlantique aux Oscars et aux Golden Globes me semble être une erreur d’analyse, surtout pour ce film, car au contraire 120 BPM a été plébiscité outre-atlantique par la presse comme par les spectateurs lors de sa sortie… Mais son absence aux Oscars s’explique simplement par la concurrence incroyable de cette année : The Square est tout autant une claque !

    Et surtout, un film n’est pas un succès (ou un échec) outre-atlantique en fonction de ses nominations aux oscars ou aux Golden Globes… ne réduisons pas le cinéma à quelques milliers de personnes 😉

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