Netflix, Amazon, HBO… Le nombre de service proposant du contenu légal en streaming explose : chaque studio cherche à développer sa propre plateforme, la plus complète et la plus diversifiée possible. Mais quel est le réel point commun entre ces services ? Leur but lucratif bien sûr ! En proposant un mois d’essai gratuit, les studios mettent tout en oeuvre pour attirer le client. Mais au bout de 30 jours il faut trouver le filon pour le faire rester. Dans ce contexte, on comprend aisément pourquoi le format série télévisé est le format le plus en vogue du moment…

Et oui, ce n’est pas un hasard si Netflix investit massivement dans les séries et beaucoup moins dans la production de long-métrages originaux. Une série est destinée à durer dans le temps, elle fidélise le spectateur si bien qu’il se dit souvent lui-même en être « accro ». A l’heure où les habitudes de consommation de contenu audiovisuel sont bouleversées par l’essor de ces nouveaux prestataires de streaming, le format court traditionnellement réservé à la télévision prend un second souffle.

Ainsi, le format série n’a jamais été aussi populaire et apprécié par le spectateur. Car désormais, les séries profitent de budget important qui leur permettent de rivaliser avec ce qu’offre le grand écran. Si vous n’êtes pas convaincu, jetez donc un coup d’œil à l’incroyable plan séquence de six minutes dans le s1e4 de True Detective (HBO), aux décors incroyables de The Crown (Netflix) ou bien encore aux effets spéciaux époustouflants des dernières saisons de Game of Thrones (HBO). Aucun doute, le petit écran n’a plus rien à envier de son grand frère.

En parallèle, le cinéma -qui peine à attirer de nouveaux spectateurs- cherche à se renouveler et va même puiser son inspiration du côté de.. la télévision ! L’exemple parfait est la stratégie adoptée par Marvel : les cliffhangers et les scènes post-générique qui nous font baver en attendant la suite s’inspirent directement de l’écriture télévisuelle. De même, en proposant chaque année plusieurs films qui découlent du même univers, ils s’assurent la fidélité de leur public, qui va payer son ticket avec la même habitude que lorsqu’il lance le dernier épisode de sa série préférée sur Netflix.

Le problème actuel du cinéma repose donc sur le découpage des films, qui se construisent comme un épisode de série qui n’existerait qu’à travers celui qui le précède et celui qui le suit. A l’inverse, de nombreuses séries se présentent comme un unique film scindé en huit ou dix parties. Stranger Things (Netflix) en est un parfait exemple. Elle est idéale pour la pratique du binge-watching, simulant le fait d’avoir vu un unique long-métrage de huit heures, et dont l’unité lui permet de mieux affirmer sa singularité.

En 2013, Steven Spielberg et George Lucas prédisaient la fin du cinéma pour bientôt, à la manière des mayas avec la fin du monde. Selon eux, si Hollywood courait à sa perte c’est avant tout parce que les studios misaient tout sur des films très (trop?) chers, et qu’ainsi le moindre échec commercial est synonyme de conséquences désastreuses. La nouvelle suprématie des séries est sans aucun doute en train d’accélérer la fin du modèle hollywoodien traditionnel. Est-ce un mal ? Non, car l’industrie a absolument besoin de se transformer, à la manière des séries qui ont appris à évoluer depuis la fin des années 90.

Les séries ne sont donc pas en train de tuer le cinéma, heureusement. En revanche, elles révèlent à Hollywood les limites dans lesquelles elle s’est elle-même enfoncée, et dont elle va devoir s’extirper, d’une manière ou d’une autre.

Paul Catet

 

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