Synopsis

Le Grand Bain, c’est l’histoire d’une bande d’hommes, meurtris par la vie, qui vont se découvrir les uns les autres et s’épauler lors de la pratique d’une activité peu commune à la gente masculine : la natation synchronisée.
On suit avec attendrissement et empathie les progrès, certes douloureux et fragiles de l’équipe constituée d’hommes venant d’horizons très différents. C’est en travaillant ensemble, accompagnés par leurs deux coachs hautes en couleur : Delphine (Virgine Efira) et Amanda (Leïla Bekhti) qu’ils vont préparer une épreuve importante qui leur permettra de se réaliser aussi bien en tant qu’athlètes amateurs mais aussi en tant qu’hommes.

L’équipe du film : Gilles Lellouche (réalisateur) et Guillaume Canet (acteur)

Gilles Lellouche s’est penché sur la natation synchronisée pour plusieurs raisons : discipline originale, vecteur de cohésion sociale et un sport qui au XIXème était le fait d’hommes avant de devenir en majorité féminin. Cette comédie ne suscite pas seulement le rire mais questionne aussi nos visions des sexes et les préjugés qui les suivent. Gilles Lellouche souhaite contrebalancer les stéréotypes qui accompagnent les genres et Le Grand Bain dépeint des personnages qui ont tous une part de féminité et de masculinité qu’ils soient femmes ou hommes. L’inversion des rôles entre hommes et femmes sonne juste et Gilles Lellouche donne une image décomplexée de cette génération de quadragénaires, aux codes bien différents de la génération précédente où les hommes n’ont pas peur d’assumer leur part de féminité et les femmes prennent le contrôle de la situation. Les hommes sont « dévirilisés » en montrant leurs conversations sensibles dans le vestiaire de la piscine alors que les femmes sont des figures fortes sans tomber dans la caricature. Lors de l’écriture des personnages, Gilles Lellouche a eu le désir de créer des personnages vrais qui seraient porteurs d’un message d’espoir et où chacun aurait une trajectoire interne dans la « grande histoire ». Ces derniers ont en commun d’être tous écorchés par la vie mais ils sont dépeints avec beaucoup d’humanité. Par exemple pour la construction des deux coachs incarnées par Virgine Efira et Leïla Bekhti, Gilles Lellouche a voulu que l’une représente la philosophie du sport « l’important c’est de participer » et l’autre la rigidité qui est présente dans le monde sportif au travers des compétitions et des entrainements.

Le tournage a demandé un immense travail physique sur cinq mois de la part des acteurs pour être capable de jouer la majorité du film dans une piscine. Cela implique des tournages de nuit, en maillot qui auraient pu rendre risible à l’écran ; toutefois Guillaume Canet insiste sur le fait qu’un acteur sent toujours quand il fait un bon film et pour Le Grand Bain ça a été sa conviction tout le long. Guillaume Canet a choisi d’incarner le personnage de Laurent car il se sent proche de son perfectionnisme et de sa rigueur avec laquelle il envisage la natation synchronisée, alors que selon lui Gilles Lellouche serait le premier à rigoler dans la piscine plutôt que de s’entrainer.
Sur le plan technique, Gilles Lellouche nous révèle avoir un « amour du cadre » et la piscine est pour lui un endroit idéal avec la lumière présente dans l’eau, le graphisme naturel du lieu. Les plans aquatiques sont nombreux mais le film reste dynamique et ne s’essouffle pas. Jon Brion, auteur de bandes originales dans le cinéma indépendant américain, allant de Paul Thomas Anderson à Greta Gerwig sur son dernier film Lady Bird, a créée pour Le Grand Bain une bande originale poétique qui contribue à la musicalité du film.

L’avis d’Extérieur Nuit

Le film dépeint des personnages nuancés qui sont tous au bord de la noyade mais grâce à la piscine, paradoxalement, ils vont sortir la tête de l’eau. La justesse de jeu et d’écriture, balance parfaite entre la comédie et le drame, évoque une belle aventure humaine. La fin qui pourrait être « idyllique » et caricaturale d’un happy end ne l’est pas car ils n’auront jamais la reconnaissance qu’ils désiraient. Néanmoins, loin d’être pessimiste, le film nous sert une leçon sur notre idée de la réussite. En effet, si en apparence la réussite sociale semble faire défaut à chacun des personnages, ils vont ensemble réussir à atteindre un objectif qui semblait hors de leur portée.
Pour résumer, Gilles Lellouche signe ici un film choral très bien mené où la psychologie de chaque personnage est réfléchie et sublimée par le jeu des acteurs. On vous conseille fortement d’aller le voir !

Manon Costet & Alis Golding

Categories: Critiques

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