Aux États-Unis, Kevin est un prénom qui en jette : Kevin Bacon, Kevin Costner etc… Que des noms qui font rêver, qui évoquent le charisme et la classe hollywoodienne. Il y a deux ans on aurait sûrement ajouté Kevin Spacey. Oui mais voilà les révélations l’année dernière de viols sur mineurs et de harcèlements sexuels ont fait surface, brisant en plein vol son rêve de décrocher un oscar avec son rôle dans ‘’Tout l’argent du monde’’ et mettant quasiment un terme à sa carrière d’acteur le bonhomme étant blacklisté, à raison, par tout Hollywood.

Après la première plainte, Spacey s’était empressé de faire des excuses en y mêlant un coming out sur son homosexualité le tout dans un post Twitter maladroit et gênant. La suite n’était qu’une longue descente aux enfers : des preuves accablantes et un film boycotté : Kevin Spacey était dans mon esprit bel et bien enterré, mon t-shirt de Frank Underwood et mon poster de House of Cards étant voués à prendre la poussière.

Alors que je m’apprêtais à réveillonner toute la soirée en famille, une étrange photo de plage paradisiaque faisait son apparition dans mon fil d’actualité Facebook « Kevin Spacey vient de changer de photo de couverture » le tout suivi d’une mystérieuse vidéo de 3 min.

Cette vidéo je l’ai reçu comme un Uppercut me rappelant que cet homme était un Monstre d’acteur en plus d’être un Monstre dans la vraie vie. Un sentiment étrange s’est alors emparé de moi : ces trois minutes de Kevin Spacey en train de se défendre dans le pur style de Frank Underwood étaient plus intéressantes que la dernière saison de House of Cards et je prenais un véritable plaisir à le revoir jouer et enchaîner les punchlines.

Bien que n’étant pas vegan je décidais alors de faire une croix sur le foie gras, le chapon et les complaintes de mamie et me lançais alors dans un marathon de toutes les scènes de Kevin Spacey. A chaque fois que j’étais ébahi par son talent une petite voix dans ma tête me répétait que cet homme avait commis des horreurs sans noms. Ne serai-je donc plus jamais capable d’apprécier pleinement Seven, Usual Suspect ou American beauty ?

C’est assez ironique de se dire que celui qui déclarait en 1998 : « Moins vous en savez sur moi, plus il est facile de vous convaincre que je suis ce personnage à l’écran. Cela permet au public de venir dans une salle de cinéma et de lui faire croire que je suis cette personne » aura, à chacune de ses apparitions à l’écran, l’étiquette de « violeur » qui s’immiscera automatiquement dans l’esprit de certaines personnes qui oublieront dès lors sa performance d’acteur.

« Quelqu’un qui accepte la folie de quelqu’un est nécessairement fou » (oui je sais j’écoute beaucoup trop Lomepal en ce moment). Alors si j’accepte la monstruosité de Kevin Spacey pour apprécier ses films est-ce que cela fait de moi un monstre ? Je ne sais pas. J’espère que non. Beaucoup ne verront que du malaise et de la provocation dans la vidéo de Kevin Spacey moi j’y vois également une certaine forme de poésie mais surtout du gâchis.

Lorsqu’il prononce dans son tablier de Noël : « Je sais ce que tu veux. Tu veux que je revienne » je ne peux qu’acquiescer. J’ai envie de revoir cet homme endosser un rôle quel qu’il soit, j’ai envie de le voir sublimer une scène, de le voir transformer une phrase banale en une citation mythique. Alors oui je cherche à ce que tu reviennes John Doe et j’aime Frank Underwood plus que les requins n’aiment le sang mais pour autant je déteste Kevin Spacey, je le déteste pour les actes qu’il a commis mais surtout je le déteste pour avoir mis fin à une des plus grandes carrières d’acteurs qui existe : la sienne.

Loïc Le Corre

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