Nos yeux tombent d’abord sur un plan fixe, Jérémie Renier en ligne de mire. Il incarne Simon, médecin spécialisé pneumologue. Pour Simon, l’hôpital est toute sa vie : il y vit une passion professionnelle et personnelle mais aussi des désillusions et de la souffrance notamment lorsqu’il apprend qu’il va perdre sa mère, atteinte d’un cancer des ovaires. C’est une véritable « crise de vocation » pour Simon comme l’exprime David Roux le réalisateur. Durant tout le film nous suivons donc ce personnage qui voit sa carapace d’homme solide se briser.

L’expérience du médecin :

Être médecin, c’est se confronter tous les jours à la souffrance des autres. C’est faire preuve de sang-froid au quotidien, s’habituer à des situations émotionnellement fortes, difficiles tant à vivre qu’à annoncer. C’est en tout cas ce que l’on devine à travers le personnage de Simon.

Le réalisateur, David Roux, parle même d’« héroïsme quotidien ». Le métier de médecin à l’hôpital c’est 1% d’action héroïque et d’adrénaline contre 99% de patience. Mais le vrai héroïsme du médecin c’est celui de retourner chaque jour à son poste malgré la charge émotionnelle quotidienne.

Le personnage de Simon, interprété par Jérémy Renier montre un certain détachement et une certaine froideur probablement dû à sa profession, ce qui donne un personnage assez solitaire et même rude. Au contraire, sa jeune interne au charme fou, interprétée par la merveilleuse Zita Hanrot se montre plus sensible aux différentes situations.

Mais existe-il un comportement idéal quand c’est à votre propre père que vous devez annoncer la mort imminente de votre mère ?

Une histoire de famille :

Avant d’être une histoire de médecin, ce film est une histoire de famille. Comme le rappelle le réalisateur David Roux, l’hôpital est un décor, l’histoire est plongée dans ce « huit clos », lieu où « Simon passe un temps monstrueux, qui laisse peu de place à sa vie privée ». « Faire l’expérience de son impuissance dans ce lieu précis où il a tout investi et trouver sa place est très douloureux pour lui ». Tandis que Simon semble avoir perdu tout repère, sa famille met toute sa confiance en lui. Elle le considère comme le « sauveur ».

Ce film dévoile aussi une autre famille : celle de l’hôpital. En entrant dans les coulisses de l’hôpital on comprend que les membres hospitaliers tissent des liens très étroits entre eux. En effet, ils passent une majeure partie de leurs vies entre ces murs et vivent des moments émotionnellement forts. Nous remarquons par exemple que l’interne interprétée par Zita Hanrot est un soutien invisible mais primordial pour Simon.

Notre avis :

Ce film qui s’inscrit dans un décor hospitalier nous dépeint une histoire de famille touchante qui s’avère être en partie autobiographique. En effet, le frère du réalisateur est médecin pneumologue et lui et David Roux ont perdu leur mère d’un cancer il y a quelques années. On perçoit la sensibilité et la précision de l’histoire racontée. David Roux parvient à montrer la complexité de ces métiers qui nécessitent un certain recul. La limite entre drame personnel et drame du quotidien est fine et il est difficile de les aborder de la même manière.

Pour un premier long métrage, David Roux a le mérite de raconter une histoire sincère avec humilité.

Eva Pons & Jeanne Baligand

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