Synopsis :

Mélanie et Rémi sont voisins sans le savoir, ils se croisent sans jamais se rencontrer. Tous deux confrontés à un sentiment de solitude extrême, dans une société hyper connectée où la rencontre avec l’autre paraît pourtant si simple…

Analyse et rencontre avec l’équipe du film :

Ce film est un montage parallèle de deux histoires, d’un côté Mélanie et de l’autre Rémi. Il raconte une histoire qui est en réalité la préhistoire d’un amour, les personnages ne se connaissent et ne se rencontrent pas… Cédric Klapisch soulève ici une question, comment passer de la solitude à la rencontre avec quelqu’un ? Que se passe t-il avant le moment de la rencontre ?

Cédric Klapisch raconte avoir voulu refaire un portrait de Paris, en se concentrant cette fois ci sur le 18ème, quartier en plein essor qui a beaucoup changé ces dernières années. Le 18ème représente un véritable mélange culturel, c’est un arrondissement intéressant où les choses se passent bien. Mais plus qu’un portrait de Paris, celui-ci a cherché à réaliser un véritable portrait d’époque.

En effet, beaucoup de choses ont changé depuis l’époque de Chacun cherche son chat (1996) et notamment l’apparition des réseaux sociaux, il serait impossible selon lui, d’écrire une histoire actuelle sans prendre en compte ces changements considérables qui font parti de notre quotidien et boulversent nos contacts et rencontres avec les autres. Il relève ainsi le paradoxe du monde moderne, un monde très connecté où l’on connecte mal. Comme si les réseaux sociaux créeaint finalement une sorte de barrière et de superficialité dans nos rapport avec l’autre. Le contact n’a jamais été aussi facile et pourtant tout semble plus compliqué. Les réseaux sociaux nous poussent à nous présenter toujours sous notre meilleur jour, mais la vie ce n’est pas ça et le but de ce film est de montrer l’aspect négatif de cette réalité.

L’idée était de partir de gens qui vont mal, de partir de ce qui gène. Mélanie et Rémi vont tous les deux voir des psychologues et n’en parlent pas. Il y a une certaine gène vis-à-vis de la situation. On dit d’ailleurs « je vois quelqu’un » sans mettre les mots sur la chose, comme si on s’efforçait de garder une certaine pudeur face à un sujet toujours tabou. Dans le film, la cabinet de Camille Cottin est largement inspiré de celui de Freud, philosophe très important dans la vie de Klapisch. Ecrire sur les psychologues n’est d’ailleurs pas anodin de la part du réalisateur dont la mère était elle-même psychocologue en hopital psychiatrique. C’est un métier qu’il admire énormément, qui permet de « mettre des mots sur des mots » relève Ana Girardot. Face au drame, certains préfèrent ne plus jamais en parler, ne pas ressasser le passé, voir un psy c’est accepter de se confronter à la réalité.

A travers ce film, c’est tout une critique de la société actuelle qu’émet Cédric Klapisch. Il compare d’ailleurs le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui à un supermarché avec ses étalages de photos Tinder, ses étalages de sushis sur Deliveroo…nous nous retrouvons face à une multitude de choix et de possiblités infinies angoissantes qui nous donneraient presque le vertige. On pourrait ici citer Kierkegaard mettant l’angoisse en rapport avec la multitude des possibilités : « L’angoisse est le vertige de la liberté ». La possibilité de dire « oui » ou « non », de choisir, tout être humain appelé à prendre une décision ressent cette angoisse. Angoisse à laquelle nous ne pourrions être plus confrontés que dans notre société actuelle…

 

Lien de la bande annonce : ici

 

Marouchka Alexandroff

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